Cela a se passe dans les années 90
Il a des jours de grande tristesse qui marque toute une vie. Cette histoire m’est arrivée alors que j’étais encore SPV. Notre VSAB (véhicules de secours aux accidentés et blessés) était partie sur un secours routier pas loin de la commune à environ 6 Km
L’équipe du VSAB était déjà arrivée depuis un bout de temps et le chef de corps ainsi que moi-même avions été prévenus bien plus tard
C’est donc en sureffectif que nous nous rendîmes sur les lieux de l’intervention. Nous savions seulement par le trafic radio que c’était « un deux roues contre Véhicule léger » Toutefois le SMUR et l’hélico avait été demandé
Vous savez , nous sommes armés par une carapace fictive afin que ces accidents ne perturbent pas trop notre vie familiale de tous les jours, mais malgré cela certains accident nous laissent des cauchemars à jamais (exemple enfant en bas âge noyé dans la piscine de leurs grands parents)
Donc, ce jour là, était un beau jour de printemps, où les feuilles sont d’un vert tendre, les oiseaux sont omniprésents tous content de retrouver un temps favorable, et l’air était tiède, bref un jour idyllique pour balader
Justement un groupe de motard avait décidé de faire une balade sur la route qui longe l’ancien « train des pignes ». Oh non ce n’était pas des « hells angels » seulement un groupe d’amis avec leur compagnes en cavalière qui flânaient profitant de cette belle journée
En arrivant sur les lieux du sinistre, il n’y avait rien de spectaculaire, l’hélico était déjà là le SMUR aussi et le VSAB au milieu de la chaussée sécurisée par la Gendarmerie
Une voiture avait grillé un stop coupant la route à un couple de motard .Il y avait 3 blessés, un légèrement incarcéré dans la voiture, le conducteur de la moto avec une fracture ouverte à la cheville et une jeune fille casquée sur le dos au milieux de la chaussée sous les ombrages caressant des ormeaux en bourgeons
Le médecin du Smur me fit signe pour que je vienne auprès de lui l’assister auprès de cette blessée
On aurait dit une poupée simplement allongée en train de dormir sur le bitume, aucune blessure n'était
apparente, seule sa couleur porcelaine ne pouvait mentir sur son état.
Il me dit simplement de lui tenir la main et de lui parler. Elle avait les yeux clos et le visage paisible. Je pris sa petite main froide (j’appris par la suite qu’elle avait 18 ans) dans la mienne et tout en commençant à lui parler pour la tenir un tant soit peu éveillée dans son coma sans doute je compris que le médecin avait déjà fait sont diagnostic et que s’il était parti s’occuper des autres blessés cela était ou un très bon signe ou un très mauvais
Tout en lui parlant je sentit d’un coup quelque chose qui quittait sa main qui devint quasiment glacée, je compris, « moi le mécréant » que la mort venait de passer et que l’âme partait, ce fut un instant terrible , non racontable par des mots.
Pourtant endurci à bien des drames de ce genre, les larmes me vinrent aux yeux car cela était vraiment trop injuste en un si beau jour et j’avais été impuissant sur tous les tableaux à empêcher cela. Instinctivement alors que cela n’est pas mon habitude, je fis une petite prière et puis je recommandais son âme à Dieu afin que cela se passe le mieux possible.
Toute cette scène se déroulait sous de frais ombrage où les oiseaux chantaient le printemps
revenu
Ce retrait de la vie fut pour moi une « expérience » très dure et cela me plonge dans une profonde tristesse chaque fois que je raconte cette histoire à des gens autres que des pompiers
Je n'ose même pas imaginer le désarroi et la profonde tristesse de ses parents et amis quand ils apprirent sa
mort
A ces jours je ne m’explique toujours pas pourquoi ce concours de circonstance sm’a autant affecté et
m'affecte encore
J’espère que Dieu aura su prendre soin de cette jeune âme en ce jours de printemps qui aurait du être heureux. Quand à moi je garde pour toujours ce retrait dans cette menotte de la vie vers la mort, c’est très dur, très dur!
Oui vous allez dire que comme pompiers j'étais une chiffe mole un peu trop sensible, mais non , ce n'était
pas ça !
Patrick